Pour passer de 2017 à 2018, il y a eu au Centre bouddhiste trois jours de « retraite », ou plutôt de pratique intensive, sur le thème inspirant de « calme, simplicité et contentement ».
Le 30 décembre, nous avons considéré le calme tout d’abord en méditation, puis en explorant la prapañca, la prolifération mentale – et son lien avec l’agitation, un aspect du non-calme. Puis, le lendemain, nous nous sommes tournés pendant la journée vers la simplicité et le contentement. À cette occasion, lors d’une discussion l’après-midi, Jñānesvari (une membre de l’Ordre française qui vit à Dublin et était de passage à Paris) a mentionné un texte du maître japonais Hakuin comparant la vie d’activité et la vie de calme ; j’ai enfin eu le temps de le traduire (de l'anglais) et vous l’offre ci-dessous.
Et le soir, nous avons passé en 2018 en méditant, après une puja à Vajrasattva au cours de laquelle chacun a pu laisser en 2017 une ou plusieurs choses ou états d’être dont il ou elle voulait se débarrasser, en particulier en liaison avec le sujet du calme, de la simplicité et du contentement.
Le 1er janvier, la journée a été consacrée à la réjouissance – car pour vivre avec simplicité et contentement, il faut de la richesse intérieure ; la photo montre l’autel dédié à Ratnasamhava, le bouddha qui symbolise notamment cette richesse intérieure.
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La vie d’activité comparée avec la vie de calme.
La chose la plus importante dont il faut se souvenir est que le premier devoir est de continuer soi-même la discipline correcte avec son propre cœur, et on ne doit pas avoir de préférence pour ses propres désirs égoïstes pour l’une ou l’autre des conditions de la vie – je veux dire la vie d’activité et la vie de calme. On est parfois tenté de penser que la vie de calme nous aide mieux à progresser, même, qu’on ne l’aurait espéré, alors que la vie d’activité ne semble pas du tout nous aider.
Mais tôt ou tard, celui qui vit la vie de calme va constater qu’il est tout à fait incapable d’entrer dans la vie d’activité. Si un homme qui a mené la vie de calme doit à un certain moment entrer dans la vie d’activité, avec toute son activité mondaine, il peut constater qu’il perd complètement tous les avantages des pouvoirs qu’il a réalisés dans son lieu tranquille de méditation. Il constatera qu’il a perdu toute trace de la vitalité spirituelle qu’il pensait avoir gagnée. Il sera même probablement inférieur à un homme du monde qui n’a porté aucune attention aux sujets spirituels de la vie de calme. Il constatera que toutes sortes d’idées stupides continuent à tourner dans son esprit, il trouvera des sentiments de peur auxquels il ne s’attendait plus, et des tout petits travaux lui sembleront souvent être extrêmement lourds. Il n’aura ainsi rien à montrer malgré tous ses efforts faits durant sa vie de calme.
Pour des raisons telles que celles qui sont mentionnées ci-dessus, Dai-e Zenshi a écrit que la méthode de la vie d’activité est un million de fois meilleure que la vie de calme. Et un autre sage, Haku-San, a dit qu’à moins que la vie d’activité ne soit complétement vécue, on peut être comme un homme qui monte au sommet du Mont Yo-Gaku en portant un grand poids de cent livres.
Mais vous ne devez pas penser que tout ce que j’ai dit signifie que vous ne devriez pas aimer la vie de calme et que vous devriez cesser d’essayer de la vivre, cherchant délibérément à ne vivre que la vie d’activité. Moins on comprend ces deux conditions de la vie – l’activité et le calme – et moins on les connaît, plus on devrait faire attention à les apprécier toutes les deux et à se rappeler qu’elles ne sont toutes les deux que deux aspects d’une condition uniforme. C’est ce qui est signifié quand il est dit qu’un moine qui pratique réellement la méditation ne sait pas qu’il marche quand il marche ou qu’il est assis quand il est assis. Quand on est arrivé à une réalisation de la nature de la Réalité du Soi, alors il n’y a rien qui soit surpasse la vie d’activité comme moyen d’atteindre ce pouvoir vital qui peut être utilisé en tout lieu.
Hakuin, extrait de l'Orategama.